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Friday, April 3, 2015

L'inclassable inquiétante Carol Rama


La première rétrospective en France de l’artiste italienne Carol Rama a ouvert ses portes hier au Musée d'Art Moderne de Paris.

Méconnue du grand public, cette artiste née à Turin en 1918, bientôt centenaire, a exploré de nombreux mouvements artistiques comme le Surréalisme, le Pop Art ou encore l'Arte Povera et traversé le XX siècle en touche-à-tout empruntant à ces mouvements ce qu'ils avaient du mieux à lui offrir.

 "Je n'ai pas eu besoin de modèle pour ma peinture, le sens du pêché est mon maitre"
 En effet son œuvre, bien que riche de mille expérimentations, a quand même comme constante la représentation de la sexualité, des corps nus, du dégoûtant, de la déviance. Les sentiments exprimés sont la violence, la férocité, la souffrance, la décomposition, la folie...

Sous son apparence de dessins d'enfants, son travail interpelle et balance entre le poétique et le trivial. Et il lui ressemble tant: elle qui arbore depuis toujours une tresse enroulée autour du front n'ayant jamais eu peur d’être excentrique ni même parfois violente.
Son passé familial est très douloureux avec un père industriel fabricant de bicyclettes qui s'est suicidé quand elle avait 22 ans et une mère enfermée dans un hôpital psychiatrique suite à la mort de son mari.

L'exposition, curatée par Anne Dressen, retrace un parcours à la fois chronologique et thématique couvrant ses 70 ans de carrière de 1936 à 2005. Elle nous présente d'abord ses aquarelles des années 1930, pour passer ensuite aux abstractions des années 1950 et puis les collages des années 1960 avec les "bricolages" réalisés à partir des objets trouvés, ongles, textiles, pneus ou fourrure jusqu'au retour à des formes plus figuratives dans les années 1980. Sa dernière série des années 2000 s'inspire de la 'mucca pazza' ( épidémie de la vache folle) et consiste en des compositions en caoutchouc.

Longtemps écartée et marginalisée de l'histoire de l'art, Carol Rama apparait aujourd'hui comme une artiste incontournable du XX siècle et elle a reçu en 2003 le Lion d'Or à la Biennale de Venise en hommage à sa carrière artistique.


La passion selon Carol Rama
Musée d'Art Moderne de Paris
Jusqu'au 7 juillet 2015


















Thursday, March 19, 2015

Piero Fornasetti: rêve et illusion


A ne pas rater au Musée des Arts décoratifs la première rétrospective jamais consacrée en France à Piero Fornasetti (1913-1988),un artiste éclectique: dessinateur, peintre, graveur, imprimeur, éditeur, designer, à qui on doit un univers fantastique et baroque.

Piero Fornasetti est connu de tous grâce au visage de la femme lunaire, représentation de la cantatrice lyrique Lina Cavalieri, dont il fit son thème essentiel, et l'objet d'infinies variations sur toutes sortes de support, du meuble au foulards et à l'assiette. Piero Fornasetti était en effet fasciné par l'objet comme multiple. Et l’exemple le plus éclatant est effectivement la variation de ce visage rond comme une assiette dont il existe plus de 350 versions de plats.

Fornasetti démarre sa carrière dans les années '20 à Milan en autodidacte dans l'atelier d'imprimerie que son père lui installe dans la maison familiale et crée ainsi sa propre maison d’édition La Stamperia d'Arte Piero Fornasettti en éditant ses dessins et les œuvres des plus grands artistes de l'époque.

En 1940 il débute sa collaboration avec Gio' Ponti sur une série de luminaires. Par la suite ils vont travailler très souvent ensemble en créant des décors qui ont marqué l'histoire du design moderne comme les fresques du Palais Bo à Padova ou les salons du paquebot Andrea Doria.

L'exposition qui nous est présentée au Musée d'art décoratifs épouse la forme d'une visite de cabinet de curiosité. Il faut dire qu'avec une production de plus de 11000 objets il y avait de quoi s'amuser!
L'exposition met en scène plus de 1200 œuvres pleines de poésie, de fantaisie et d'humour et nous montre bien comment Fornasetti sublime le quotidien à coups de paravents, miroirs, plateaux, porte-parapluies, assiettes…, ornés de clins d’œil et de jeux d’illusion.
Actuellement c'est son fils Barnaba qui perpétue la tradition en continuant de produire et de revisiter le design Fornasetti.



Piero Fornasetti: la folie pratique
Musée des Arts Décoratifs
Jusqu'au 14 juin 2015






















Thursday, March 5, 2015

Les limites de l'art






L'exposition actuellement au Palais de Tokio " Le bord des mondes" nous invite à un voyage aux confins de la création en nous révélant les produits de recherches extrêmes et les inventions des visionnaires au marge de l'art.

En effet plusieurs créateurs, aux pratiques très différentes, étrangers pour la plupart au monde de l'art contemporain, tentent de répondre à la question posée par Marcel Duchamp " Peut on faire des œuvres qui ne soient pas d'art?"
 La commissaire d'exposition Rebecca Lamache Vadel tend à nous montrer que l’œuvre n'est pas forcement là où on l'attend et elle réunit donc de nombreuses propositions nouvelles pour effacer les limites de l'art et de l’œuvre d'art.

"Dans l'art il n'y a pas le centre quelque part et les marges autour, les mondes se rencontrent. Il n'y a pas un monde de l'art en opposition à un monde qui n'est pas de l'art: il y a d'innombrables mondes".

L'exposition nous fait ainsi balader dans deux mondes parallèles qui sont l'art et l'invention avec des œuvres très éclectiques. On va pouvoir admirer les roches posées en equilibres de Bridget Polk, les macrophotographies de larmes de Rose-Lynn Fisher, les créatures de plage géantes de Théo Jansen, les attrape nuages de Carlos Espinosa et tant d'autres créations poétiques et étonnantes.

La plupart des œuvres présentées nous invitent instinctivement à s'interroger sur leur statut d'objet artistique et nous plongent dans un monde décalé, inventif et arty sans le savoir ou non...


 Le bord des mondes
Palais de Tokio, 13 Avenue du Président Wilson, 75016 Paris
Jusqu'au 17 Mai 2015








Saturday, February 28, 2015

Pour tous les fans du bleu!




La Bibliothèque Forney propose une petite exposition "Indigo, un périple bleu" pour nous faire voyager autour du monde à la découverte de l'utilisation de l'indigo à travers les époques et les continents.
Avec 300 vêtements et accessoires nous comprenons le processus de création de l'indigo, sa place dans l'histoire, les divers utilisations selon les pays et les différentes traditions autour de cette couleur.

Pour la petite histoire l'indigo, du nom latin qui désigne l'Inde, est une couleur obtenue a partir de feuilles des plantes indigofères présentes dans les régions chaudes et tropicales du globe. L'arbuste appelé Indigo des Indes produit ce bleu profond que nous reconnaissons tous. Mais avant l'introduction en masse de la culture de l'indigotier, il y avait le "pastel des teinturiers". Précurseur de l'indigo cette plante donnait la couleur bleu pastel qui dominait dans toute l' Europe et resta la seule source de teinture bleue disponible jusqu'au XVI siècle, avant l'essor des routes commerciales vers l’Extrême Orient.

avant l’introduction en masse de la culture de l’indigotier par les Européens dans les colonies au XVIIe, il y avait le Pastel des teinturiers. Précurseur de l’indigo, cette plante dont la teinture obtenue est appelée bleu pastel dominait dans toute l’Europe - See more at: http://proposdeco.com/indigo-laventure-bleue-dune-couleur-voyageuse/#sthash.AynGUuKL.dpuf
L’arbuste d’indigotier ou Indigo des Indes produit ce bleu profond reconnaissable entre tous - See more at: http://proposdeco.com/indigo-laventure-bleue-dune-couleur-voyageuse/#sthash.AynGUuKL.dpuf
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Catherine Legrand, styliste et créatrice de la marque parisienne A la Bonne Renommée, est la commissaire de l'exposition. Au cours de ses multiples voyages, elle collectionne tissus, costumes,parures et photographies et nous fait partager, grâce a cette délicieuse exposition, sa passion.

Indigo, un périple bleu
Bibliothèque Forney, Bibliothèque des Arts Graphiques et des Métiers d'art de la Ville de Paris
Hôtel de Sens, 1 rue Figuier, 75004 Paris
Jusqu'au 18 avril 2015







Tuesday, February 17, 2015

Il cibo nell'arte


Il faudra se rendre en Italie, et plus précisément à Brescia, pour découvrir la grande exposition " Il cibo nell'arte" où plus de 100 œuvres d'artistes anciens dialoguent avec les modernes pour montrer le lien étroit  entre la nourriture et l'art.

L'expo, qui nous fait voyager à la découverte de la représentation  de la nourriture dans les époques, du VII siècle à nos jours, fait écho au thème  de l'Exposition 2015 de Milan: "Nourrir la planète, énergie pour la vie".

Elle nous propose un parcours iconographique et chronologique divisé en dix thèmes ( les fruits, les légumes, la viande, les douceurs....). 

Grâce aux tableaux du XVII et XVIII siècles nous découvrons des plats disparus aujourd'hui ainsi que des informations précieuses sur les goûts et l'alimentation de l'époque.

Parmi les œuvres présentées on pourra admirer ' I mangiatori di ricotta' de Vincenzo Campi, 'Il piatto di pesche' de Ambrogio Figino ( première nature morte de l'histoire de l'art italienne) jusqu'à  'L'ultima cena' de Andy Warhol ( réinterprétation version pop art du Cenacolo de Leonardo).

De quoi nous laisser 'la bouche ouverte'...

Il cibo nell'arte. Capolavori dei grandi maestri dal Seicento a Warhol.
Palazzo Martinengo, Brescia, du 24 janvier au 14 juin.








































Wednesday, January 28, 2015

Sonia Delaunay: rythme et couleur





Le Musée d'Art Moderne de Paris nous livre jusqu'au 22 février 2015 une rétrospective exceptionnellement riche et complète de Sonia Delaunay.

Réunissant plus de 400 œuvres entre peintures, décorations murales, gouaches, estampes,mode, textiles et trois reconstitutions d'environnements,l'exposition met en lumière l'importance de l'activité de Sonia Delaunay dans les arts appliquées, sa place au sein des avant-gardes européennes et son rôle de pionnière de l'abstraction.

Le MAM nous présente son travail du début du XXème siècle jusqu'aux années 70 avec la présence de photographies et films d'époque et illustre parfaitement la richesse et la singularité de son œuvre marquée par un dialogue soutenu entre les arts,mais aussi par son approche personnelle de la couleur, en lien avec ses origines russes (elle nait en Ukraine en 1885) avec un "sens atavique" de la couleur comme le définissait son mari Robert Delaunay.

En 1912 le couple s'oriente vers l'abstraction et proclame l’avènement d'un art nouveau qui reposera sur le pouvoir constructif et dynamique de la couleur: le "simultanisme", un langage abstrait où le rythme vient par la couleur. Mais si Robert conceptualise l'abstraction comme un langage universel, Sonia par contre l’expérimente sur les supports les plus variées (tableaux, projets d'affiches, vêtements, reliures, livres d'artistes, objets domestiques) et différentes expressions (poésie, mode, publicité).

Laissez vous entrainer par ce rythme coloré qui va vous transporter tout le long de cette sublime exposition!












Tuesday, January 13, 2015

Art brut : art authentique

La Maison Rouge présente jusqu'au 18 janvier la collection particulière du cinéaste Bruno Decharme qui depuis plus de trente ans a rassemblé une de plus belles collections d'art brut au monde.
En 1999 il crée l'Association Abcd ( art brut création et diffusion) basée a Montreuil dans le but de faire connaitre l'art brut sous toutes ses formes a un large public.
 Sa collection comprend plus de 3500 pièces du milieu du XIX siècle a nos jours avec des œuvres provenant d’hôpitaux psychiatriques, d'autres dites médiumniques et des travaux populaires.

L'histoire de l'art brut commence a la fin de la deuxième guerre mondiale, où, lors d'un voyage en suisse, Jean Dubuffet acquiert des dessins et gouaches dans les asiles d'aliénés et commence à en parler comme d'un art véritable qui se situe selon lui ´ailleurs'.
 Dubuffet crée ainsi la notion d'art brut en 1945 pour designer "les ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique"'.

Les créateurs d'art brut sont en effet souvent des personnes asociales, isolés, vivant en marge de la société, sans aucune formation artistique créant des œuvres à partir d'objets pauvres et modestes,récupérés ou bricolés.
Pour la plupart d'entre eux la conscience d'être artiste n'existe pas. L'art brut nous prouve bien que des gens très ordinaires, éloignés des choses artistiques et des rites sociaux accompagnant leurs créations ( ateliers, vernissages,ventes...), peuvent parfaitement, par impulsion, réaliser des chefs d’œuvres incroyables.
L'art brut restitue confiance en une possible création individuelle, et réagit au mimétisme et a l'uniformisation.

L'art brut relève du territoire de l'autodidacte et regroupe dans son sein les œuvres réalisées par des auteurs qui n'appartiennent pas au sérail corporatif des arts et satisfait aux aspirations d'un public en quête  d'authenticité.

Dans la collection de Decharme nous pouvons admirer des créateurs révélées par Dubuffet, comme Aloise ou Adolf Wofli, mais aussi des plus récents comme Harry Darger ou Scottie Wilson.
Ne passez pas à cote du véronais Carlo Zinelli, un de plus grands créateurs d'art brut italienne.

Mais surtout ne passez pas à côté de cette expo si forte et émouvante!



                                        Aloise


                                      Henry Darger

                                                  
                                      Scotti Wilson


                                    Carlo Zinelli